L’interview
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MINIBIO Marie-Rose Moro est psychiatre d’enfants et d’adolescents et psychanalyste. Elle dirige la Maison des adolescents (Maison de Solenn) à Paris. Chef de file actuelle de l’ethnopsychanalyse et de la psychiatrie transculturelle en France, elle dirige une équipe de recherche à l’Inserm 1178 et à Paris Descartes. Elle est l’auteur de l’ouvrage Les Ados expliqués à leurs parents aux éditions Bayard (2010).
MARIE-ROSE MORO Bien qu’ils s’en défendent, les ado- lescents attendent beaucoup des adultes. Rencontre avec Marie-Rose Moro, directrice de la Maison des adolescents à l’hôpital Cochin.
Qu’attendent les adolescents des adultes ? Les ados restent dépendants des adultes. Étant en phase d’émancipation, ils ne les reconnaissent pas. Mais à cet âge de transition où l’enjeu consiste à trouver sa place dans la société, ils ont besoin que les adultes jouent leur rôle en posant un cadre. Ce rôle est d’ailleurs à réinventer : l’autorité du chef de famille d’antan n’est plus tenable.
De plus en plus de jeunes ont du mal à passer le cap de l’âge adulte. Pourquoi ? Le facteur économique joue mais n’explique
pas tout. De récentes études montrent que le périmètre de jeu et de liberté des enfants s’est beaucoup restreint. Surprotégés, placés sous contrôle grâce aux nouvelles technologies, les jeunes ont face à eux des adultes n’assumant pas leur fonction de modèle. Cette proximité les encombre.
La crise d’adolescence est-elle un passage obligé ? Un jeune sur deux traverse une « crise ». Mais ce n’est pas parce que le processus s’opère à bas bruit qu’il ne se passe rien. Environ 10 % des jeunes sont en souffrance. Certains signes ne trompent pas : un changement radical d’habitude, un mal-être qui s’enlise. Un lieu neutre (comme un restaurant) pour discuter des choses à froid et le recours à un tiers de confiance peuvent aider.
L’adolescence est-elle une notion universelle ? Non, pas du tout. Dans certaines cultures, notam- ment les cultures rurales d’Afrique de l’Ouest, le mot n’existe pas ! Et l’on passe directement de l’insouciance de l’enfance à l’âge adulte, où le rapport à la sexualité devient possible.
Comment accompagner les jeunes dans un contexte de brassage transculturel ? Si l’adolescence n’existe pas pour leurs parents, les enfants de l’immigration la vivent bel et bien. Ils en ont parfois une vision cari- caturale, celle d’une période où faire ce que l’on veut comme on l’entend. Il faut alors entamer un processus de métissage et de négociation pour discuter du modèle sans invalider la position des parents. La diplomatie a beaucoup plus d’avantages que la guerre !
