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En février dernier, le recrutement de Rajesh Krishnamurthy, ancien président d’Infosys, est venu confirmer la stratégie du Groupe. Il a pris la tête d’un vaste département Digital, Centre de services partagés, IT et Transformations qui emmène l’entreprise dans le nouvel âge numérique. Rajesh revient avec nous sur les enjeux digitaux qui agitent le monde du shipping...

Pourquoi la digitalisation est-elle essentielle dans le domaine du transport ?

Parce qu’elle va permettre d’améliorer la traçabilité des expéditions ! Les chargeurs ont de grandes attentes dans ce domaine. Ils veulent de la visibilité sur l’ensemble de la chaine du transport, pour pouvoir être plus réactifs, ajuster leurs stocks. Or dans le domaine du transport et de la logistique, nous avons aujourd’hui une multitude d’acteurs, qui travaillent chacun avec des outils différents. Il est donc très difficile de récupérer les informations de suivi en direct pour offrir à nos clients cette traçabilité qu’ils attendent. Il est devenu impératif aujourd’hui que nous puissions offrir à nos clients cette transparence qui existe dans de nombreux autres secteurs.

Quelle est la stratégie digitale de CMA CGM ?

Le Groupe a décidé de travailler à deux vitesses pour se donner plus de souplesse : il y a bien sûr tous les projets structurants qui vont nous permettre à terme d’être plus performants et efficaces. Mais nous travaillons en même temps sur des projets à plus court terme. Nous avons actuellement 60 projets en cours, certains avec des startups. J’y vois un grand intérêt et notamment celui de pousser nos collaborateurs à penser plus large que le transport maritime. Nous voulons nous doter d’outils et de technologies de pointe. Il s’agit de solutions fondamentales tels que le machine learning, le big data, la robotique... Nous déployons tout cela en interne afin de mieux servir nos clients. Vis-à-vis de notre écosystème, nous voulons aussi être plus digital : nous mettons en place des services utiles comme, par exemple, les conteneurs connectés qui avertissent en cas d’humidité ou d’élévation anormale de la température. Enfin, nous nous intéressons beaucoup aux technologies du futur : à terme, la blockchain pourrait nous permettre de dématérialiser totalement le bill of lading, ce document clé du transport maritime, et de le sécuriser totalement. Nous voulons aussi utiliser la réalité augmentée pour former nos équipes ou avoir recours à la maintenance prédictive pour anticiper les problèmes sur nos navires. Pour avancer sur ces sujets, nous travaillons avec les plus grandes entreprises de technologie du monde mais aussi avec les startups : nous investissons dans celles qui nous paraissent prometteuses via notre fonds CMA CGM Ventures et nous avons créé Ze Box, notre incubateur international de startups qui ouvrira ses portes à Marseille cet été.

Le monde du shipping est-il suffisamment digitalisé ?

Le secteur est en retard ! Traditionnellement, le secteur du transport maritime a recours à beaucoup d’interactions verbales : le client appelle, on lui donne un prix, il négocie, on lui redonne un prix, etc. Parfois le client rappelle, annule sa commande ou modifie son chargement. Ces pratiques du 19ème siècle ont finalement peu évolué. Heureusement, les choses changent. La digitalisation va rendre plus efficaces les relations entre chargeurs et armateurs. Bientôt, ces derniers pourront fournir automatiquement un grand nombre d’informations sur les prix, les chargements, les délais, etc. Nous allons nous connecter aux systèmes d’information de nos clients, et ils se connecteront au nôtre, cela dans le but d’échanger des informations fiables en temps réel. La digitalisation va aussi entraîner une dématérialisation très utile. Dans le transport maritime, il y a un enjeu documentaire très fort : les marchandises doivent toujours être accompagnées de documents pour satisfaire aux réglementations qui diffèrent souvent d’un pays à l’autre. Parfois, les marchandises sont chargées mais il manque la documentation et il faut l’envoyer par Fedex ! Ce n’est plus acceptable. Actuellement, des entreprises comme IBM, Accenture ou General Electric travaillent à des solutions de dématérialisation sur la base de technologie blockchain ou de cloud.

Le digital est l’un de nos quatre piliers stratégiques. Rodolphe Saadé y croit beaucoup et y consacre beaucoup de

temps et d’énergie !

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Rajesh Krishnamurthy Directeur Central Exécutif IT & Transformations CMA CGM

INTERVIEW

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