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en 1940, de moyens d’intervention impor- tants. Nationaliser l’industrie pétrolière entraî- nerait par ailleurs de grandes difficultés avec les filiales françaises des majors anglo-saxonnes. Ce que l’État veut, c’est doter la France de nouveaux outils publics qui permettront, au nom de l’indé- pendance, d’amplifier l’effort de recherches dans l’Hexagone et dans ses dépendances. Ils pour- ront également travailler avec la CFP dont l’État, rappelons-le, détient 35 % du capital.
L’émergence d’une industrie nationale des hydrocarbures Dès juin 1944 est ainsi créé l’Institut français
du pétrole (IFP). Sa mission : promouvoir la recherche technique dans le domaine des hydro- carbures et assurer la formation des ingénieurs et des techniciens du secteur. En septembre 1945, la Société nationale des matériels pour la recherche et l’exploitation du pétrole (SNMAREP) est constituée. Contrôlée par le BRP, la RAP, la SNPA et la CFP, elle est chargée d’importer le matériel dont la France manque cruellement et, plus large- ment, de favoriser l’émergence d’une véritable industrie nationale des hydrocarbures. Le couron- nement de cet effort survient quelques semaines plus tard, le 12 octobre 1945, avec la création du Bureau de recherches de pétrole (BRP). Son rôle est essentiel : il doit mettre en œuvre un pro- gramme de recherches d’hydrocarbures en France et dans ses colonies. Disposant d’importants moyens financiers, il reçoit la participation de l’État dans la SNPA ainsi que dans les différents syndicats d’études créés avant guerre pour trou- ver des hydrocarbures en Tunisie, au Gabon et à Madagascar.
Avec ces nouvelles structures, l’État parachève l’organisation d’une filière pétrolière complète et se dote des moyens pour mener des travaux de
prospection à grande échelle. S’ajoutant à la RAP et à la SNPA, elles constituent également les prin- cipaux éléments du futur groupe Elf. Au sommet de cet édifice public se trouve la Direction des car- burants. C’est elle qui exerce la tutelle sur les nou- veaux organismes, attribue les permis de recherches, de raffinage et de distribution, et pré- pare les lois et les décrets intéressant le secteur. Le premier titulaire du poste est Pierre Guillaumat. Diplômé de l’École Polytechnique et ingénieur du corps des mines, il cumule cette fonction avec celle de directeur du BRP. Il exer- cera un véritable magistère sur l’industrie pétro- lière en France jusqu’à la fin des années 1970 et jouera un rôle capital dans la constitution du groupe Elf. Avec son adjoint Jean Blancard, un « corpsard » lui aussi, et avec Paul-Albert Moch, directeur de la RAP et autre X-Mines, ils forment ce que l’on appellera plus tard les « émirs de la République » : un petit groupe de hauts fonction- naires aux pouvoirs très étendus, habités d’une haute idée de la France et de la nécessité pour elle d’occuper une place importante dans l’industrie pétrolière mondiale. Une tâche exaltante à laquelle ils s’attellent sans tarder.
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