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deux entreprises travaillent-elles ensemble : l’une raffine le pétrole que l’autre lui fournit. Sans doute également les échanges entre Victor de Metz et René Perrin sont-ils permanents : le pre- mier est d’ailleurs vice-président de la CFR tout comme le second l’est de la CFP. Mais au siège social que les deux entreprises partagent à Paris, rue du Docteur-Lancereaux d’abord, puis dans l’élégant hôtel particulier situé au numéro 5 de la rue Michel-Ange où elles emménagent ensemble en 1959, chacun le sait, les relations sont médiocres. « La CFR était une affaire considérable et René Perrin estimait que l’on n’avait pas à s’occuper de ses affaires, se souvient Pierre de Bourgoing, entré à la CFP en 1954. Les gens du raffinage avaient l’argent et l’expertise industrielle. Pour eux, les hommes de la CFP étaient des ama- teurs. De notre côté, nous les considérions comme des besogneux. » La CFR allait rester une « puis- sance » jusqu’à la fin des années 1980.
Petrofina met le cap sur l’Amérique
Sous la houlette de Laurent Wolters, Petrofina a totalement revu sa stratégie au sortir de la guerre : sans pétrole – l’or noir de Roumanie est entre les mains des Soviétiques – et sans raffinerie – celles de Dunkerque, en France, et de Ploiesti, en Roumanie, ont été détruites –, la compagnie a décidé de mettre le cap sur l’Amé- rique du Nord. L’objectif : se développer priori- tairement dans l’aval, à la rentabilité plus assurée en ces temps de forte demande, tout en acqué- rant des ressources pétrolières en propre. Une stratégie qualifiée « d’intégration industrielle » par Laurent Wolters. Tout commence par le Canada. Ce grand pays pétrolier et gazier, où d’importants gisements de brut ont été décou- verts en 1945, offre de belles perspectives de
développement. Il constitue en outre la « porte d’entrée » vers les États-Unis dont la production d’or noir ne suffit plus aux besoins et qui sont devenus importateurs de pétrole. Consciente du potentiel canadien, Petrofina s’y implante dès 1950 pour y fonder une filiale, la Canadian Fina Oil Ltd, afin d’exploiter une concession. Pour traiter son brut, Petrofina édifie trois ans plus tard une raffinerie d’une capacité annuelle de 1,5 million de tonnes par an à Montréal. Dans l’affaire, Laurent Wolters n’a pas perdu de temps et a joué d’audace. Du Canada aux États-Unis, il n’y a qu’un pas. Trois raffineries y sont acquises entre 1955 et 1958. Elles totalisent une capacité de production de 50 000 barils par jour.
Petrofina s’est également installée sous d’autres cieux : en Italie, elle s’est porté acqué- reur en 1953 de trois petites raffineries ; en Angola, elle a pris une participation de 47 % dans une raffinerie à construire à Luanda ;
Certificat d’actions de l’American Petrofina Incorporated, 12 novembre 1957.
Page de gauche : Raffinerie de Montréal, Canada, 1955.
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