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ELF OU LE GRAND BOND EN AVANT
Lundi 5 juillet 1999, 7 h 30 du matin : Thierry Desmarest appelle Philippe Jaffré pour lui annoncer qu’il lance, le jour même, une OPE sur Elf Aquitaine. Parti en Écosse, le P-DG d’Elf Aquitaine ne peut être joint. À 8 heures, un communiqué officiel de Totalfina rend la nou- velle publique.
Une bataille homérique En avril 1999, lors d’un déjeuner, Thierry
Desmarest avait tenté de sensibiliser son homo- logue à l’intérêt d’une fusion entre les deux groupes. Sans succès. Depuis cette fin de non- recevoir, Totalfina prépare soigneusement son offre. Une petite équipe emmenée par Robert Castaigne constitue le dossier d’OPE qui, le moment venu, sera déposé au Conseil des mar- chés financiers. Dans les étages de la tour Total,
certains sont déjà dans la confidence. C’est le cas bien sûr du comité exécutif. C’est aussi le cas de Charles Mattenet qui dirige alors à l’explora- tion-production, la direction croissance chargée de « piloter » le développement et l’acquisition des champs d’hydrocarbures. Durant tout le printemps, il réunit des informations sur les gisements d’Elf Aquitaine, en particulier Girassol. Avocats et banquiers se succèdent dis- crètement à la tour Total de La Défense. Deux ou trois jours avant le « jour J », de nouvelles per- sonnes sont averties de ce qui se prépare. Jean- François Renucci notamment, alors délégué fédéral de la branche pétrole au sein de la Fédération Chimie Énergie de la CFDT. C’est Jean-Jacques Guilbaud, avec lequel il entretient des relations de confiance, qui l’a prévenu. « J’ai été surpris même si le secteur pétrolier était en pleine recomposition à l’échelle mondiale, raconte-t-il aujourd’hui. Pour tout dire, nous nous attendions plutôt à une offensive de la part