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1945 1970
XVe arrondissement de Paris, l’ERAP bénéficie de positions fortes en amont. En 1966, elle produit un peu plus de 340 000 barils par jour de pétrole brut dans ses gisements d’Algérie, du Congo, du Gabon, du Nigeria, du Canada et, pour une très petite part, de France – principalement le gise- ment de Lacq supérieur. S’y ajoute le gaz de Lacq et d’Algérie. Le nouveau Groupe est également présent en aval avec ses raffineries d’Ambès, de Feyzin – mise en service en 1964 – et de Grandpuits, inaugurée en 1966. L’ensemble repré- sente au total 14 000 personnes. Pour le diriger, Pierre Guillaumat s’est entouré d’un comité directeur constitué de quatre personnes : Jean Blancard, jusque-là président du BRP et désor- mais vice-président en charge de l’explora- tion-production, Paul-Albert Moch, président d’Elf Union – le nouveau nom de l’UGP –, André Bouillot, directeur général de la SNPA et Pierre Michaux, qui fait office de secrétaire général. Ce sont ces quatre hommes qui vont ouvrir le Groupe à de nouveaux horizons.
Le Moyen-Orient comme horizon Une zone retient plus particulièrement leur
attention : le Moyen-Orient. L’ERAP n’est pas implantée dans cette partie du monde qui repré- sente, en 1966, un peu plus de 29 % de la produc- tion mondiale de brut. Y prendre pied est donc une nécessité pour le nouveau groupe public. Mais la tâche est difficile : les majors anglo- saxonnes et la Compagnie française des pétroles sont déjà sur place, notamment en Iran. Si elle veut se faire une place dans cette partie du monde, l’ERAP doit donc faire preuve d’audace, explorer des zones difficiles ou négligées par ses concurrents, inventer de nouveaux types de collaborations… S’inspirer, en somme, de ce qu’Enrico Mattei avait fait en son temps.
Et c’est bien ce qu’elle fait ! En août 1966, le groupe français conclut ainsi avec la compagnie nationale iranienne, la NIOC, un « contrat d’en- treprise ». Aux termes de ce dernier, l’ERAP s’en- gage à explorer pour le compte de la NIOC. Les dépenses resteront à la charge des Français en cas d’échec. En cas de succès, la production sera également financée par les Français qui céde- ront à leur partenaire iranien la moitié des res- sources découvertes. Dispositions nouvelles et très avantageuses pour l’Iran. Les recherches commencent aussitôt, notamment en mer.
En 1967, deux gisements de brut sont mis au jour, Sirri C et Sirri D. Enhardie par ce premier succès, l’ERAP décide alors d’explorer, en asso- ciation avec plusieurs compagnies dont Petrofina, la zone terrestre de Kangan. Un gise- ment de gaz, l’un des plus importants au monde, y est découvert en 1972. Active en Iran, l’ERAP l’est également en Irak où elle obtient en 1968 quatre blocs à explorer en six ans. Des délais très courts ! Le travail s’effectue au milieu d’une mer de roseaux hauts de 4 à 6 mètres, à des températures qui n’ont rien à envier à celles du Sahara. À la fin des années 1960, une vingtaine de Français, sala- riés de l’ERAP et de la Compagnie générale de géophysique, sont à pied d’œuvre dans le pays. Les premiers gisements sont découverts à Buzurgan et Abu Ghirab en 1969 et 1971.
Au siège de la CFP à Paris, on a accueilli avec une certaine indifférence la naissance de l’ERAP. La création de l’UGP quelques années plus tôt avait provoqué des réactions bien plus vives. Mais pour Victor de Metz, le regroupement du BRP et de la SNPA au sein d’une nouvelle entité n’est pas vraiment une surprise. Attendue depuis un cer- tain temps, l’opération ne manque pas de logique et a le mérite de simplifier l’écheveau des sociétés publiques intervenant dans le secteur public. La CFP, surtout, a autre chose à faire : depuis le début des années 1960, elle s’emploie activement à diversifier ses sources d’approvisionnement. •••