93
19 24
19 45
Soviétiques, ils peuvent compter sur le pétrole de Bakou que les Allemands ne sont pas parvenus à prendre. L’or noir joue sans conteste un rôle clé dans la victoire finale des Alliés.
Dans la tourmente La guerre bouleverse la destinée de la
Compagnie française des pétroles. Dès 1939, une partie des salariés qui travaillent au siège de la compagnie française sont mobilisés, perturbant le fonctionnement de la société. En ces heures difficiles, Victor de Metz joue un rôle de plus en plus important au sein de la CFP. C’est lui, ainsi, qui représente la compagnie au sein de l’orga- nisme interallié chargé d’assurer les programmes d’approvisionnement pétrolier et qui supplée Jules Mény, le directeur général de la société, lorsque celui-ci est nommé sous-secrétaire d’État aux Fabrications de l’Air en mars 1940. Connaissant parfaitement l’entreprise, le futur P-DG de la CFP est sur tous les fronts…
Mais ce n’est rien encore à côté des dégâts matériels ! En octobre 1939, l’ÉmileMiguet, l’em- blématique navire de la CFP, est envoyé par le fond. L’offensive allemande, déclenchée le 10 mai 1940, aggrave encore les choses. Participant à l’exode général, la CFP se replie à La Baule puis à Arles avant de gagner Vichy en juillet. Partout, les nouvelles sont mauvaises : le 9 juin 1940, les stocks de la raffinerie de Normandie sont détruits sur ordre des autorités françaises afin d’éviter qu’ils tombent aux mains de l’ennemi. C’est Victor de Metz qui se charge de cette importante mission. Les réservoirs de la raffine- rie de Provence ont été pour leur part bombardés quelques jours plus tôt. En Belgique, les dépôts de Purfina à Ertvelde brûlent depuis le 22 mai, victimes des tirs allemands. Quant à la raffinerie de Dunkerque, elle est bombardée en mai.
À partir de juin, les raffineries de Normandie et de Provence cessent progressivement leurs acti- vités faute d’approvisionnement. Jusqu’à la fin de la guerre, elles recevront du brut de façon très aléatoire, au gré d’arrivages sporadiques.
À la fin du mois de juin 1940, la France et la Belgique ont déposé les armes. Mais pour la CFP et Petrofina, d’autres combats commencent. À Bruxelles, ils ont pour enjeu le contrôle du pétrole roumain, vital pour les Allemands. Ceux-ci cherchent à mettre la main sur les actifs de Petrofina, et plus particulièrement sur la société Concordia et ses 750 000 tonnes de brut produites annuellement. La compagnie, qui a transféré une partie de ses titres en France dès le début du mois de mai 1940, est contrainte de s’exécuter. En septembre 1940, Ferdinand Carlier, alors directeur général de Petrofina, vend aux Allemands les titres Concordia. Une cession qui lui vaudra quelques soucis après la guerre.
La sauvegarde des intérêts de la CFP
En France aussi la CFP a fort à faire. Avant l’offensive allemande de mai 1940, Victor de Metz avait mis les certificats d’actions de la CFP dans l’Iraq Petroleum Company (IPC) à l’abri à Londres. Elles sont placées sous séquestre par les Anglais aussitôt après l’armistice de 1940, la France étant désormais sous le contrôle des Allemands. Un premier pas vers une confisca- tion pure et simple ? Le risque est réel. Entre la CFP et l’IPC, les liens juridiques ne sont en revanche pas rompus. Dès 1940, l’un des direc- teurs de la CFP, René de Montaigu, a été envoyé aux États-Unis par Ernest Mercier et Jules Mény pour prendre contact avec les compagnies amé- ricaines partenaires de l’IPC. De ces dernières, il a obtenu que les comptes de la CFP ouverts dans