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compagnies aériennes. Beaucoup font faillite, laissant la place à trois grandes sociétés qui, dès 1930, dominent le marché : American Airlines, United Airlines et Eastern Airlines. À cette date, l’aéronautique est déjà un débouché considé- rable du pétrole. Mais il y en a d’autres : dans les lubrifiants, les produits sanitaires ou bien encore les produits bitumineux utilisés pour construire les routes. En 1930 au total, les États-Unis consomment 130 millions de tonnes de produits pétroliers par an. Avec 5 millions de tonnes, la France est certes loin derrière, bien que ce chiffre marque une forte évolution puisqu’il n’était que de 700 000 tonnes en 1913.
L’entrée dans le raffinage Pour les compagnies pétrolières, aller vers
l’aval est donc une nécessité. À la CFP, on l’a bien compris. Dans l’affaire, la société va faire preuve d’un étonnant esprit pionnier. Elle part en effet de rien ! Alors que ses concurrents anglo-saxons ont déjà leurs réseaux de raffineries et des gammes de produits très développées, elle n’est active qu’en amont. Si elle veut se déployer sur toute la chaîne industrielle, il lui faut agréger des expertises nouvelles et constituer des équipes spécialisées, ce qui suppose de l’argent et beau- coup d’audace ! Bien que présente dans l’importa- tion et la distribution de produits pétroliers, Petrofina est dans une situation similaire. Le véri- table exploit est que les deux sociétés parvien- dront, dans des délais très brefs, à relever le défi.
C’est Petrofina qui se met en mouvement la première. Depuis le début des années 1920, la société est très présente sur le marché hexagonal où elle a créé une filiale. L’homme à la manœuvre est Léon Wenger, patron de Petrofina France et représentant du groupe belge au conseil d’admi- nistration de la CFP. Proche d’Ernest Mercier et
bien introduit auprès des autorités françaises, il est fidèle à la logique de partenariat que suit Petrofina depuis sa création. En 1927, il conclut un accord avec la Raffinerie du pétrole du Nord (RPN), une maison créée en 1891 et qui dispose, outre d’une petite unité de raffinage à Dunkerque, d’un réseau de 1 500 pompes à essence. En 1929, prenant appui sur ces installations, Léon Wenger lance la construction, à Dunkerque, d’une grande raffinerie qui entrera en service en 1932. Avec une capacité annuelle de traitement de 520 000 tonnes de brut, c’est alors l’une des plus modernes d’Europe : elle comprend deux unités de distilla- tion atmosphérique et des unités de traitement de l’essence et des huiles de graissage ainsi que des sections butane et asphalte.
La CFP lui emboîtera le pas un peu plus tard. C’est en 1928, quelques semaines après la signa- ture du Working Group Agreement et alors que l’État entend, avec la loi sur l’importation des pro- duits pétroliers votée cette année-là, favoriser l’émergence d’une industrie nationale du raffi- nage, que la société décide de se développer en aval. L’industriel s’en explique dans une lettre qu’il adresse à Raymond Poincaré le 18 décembre 1928 : « La CFP va se trouver dans l’obligation pro- chaine d’investir des sommes importantes en Mésopotamie, écrit l’industriel. Ces sommes, elle ne pourra les obtenir que du public et elle ne pourra les lui demander que si elle se trouve dans des conditions normales pour les rémunérer. Cette rémunération, la CFP ne pourra l’obtenir qu’en tirant un parti normal de son brut. Si elle ne construit pas de raffineries… elle se trouvera réduite, pour vendre ses produits, à s’adresser aux grandes organisations qui sont ses associées dans l’Iraq Petroleum Company. » Tout est dit, à commencer par le rôle clé que joue l’aval dans le bilan économique des compagnies pétrolières.
Le projet d’Ernest Mercier est simple : il veut créer une filiale de raffinage qui prendrait le nom de Compagnie française de raffinage (CFR) et au
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