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N e vous y trompez pas : voici une biographie. Et si j’emploie ce mot, biographie, c’est à dessein. Une entreprise n’est pas qu’une machine à offrir, contre rému-nération, des biens et des services. C’est une personne. Une personne vivante, faite de toutes celles et tous ceux qui lui ont donné énergie et talent. Une personne forgée par son histoire. Laquelle histoire, lorsqu’il s’agit de Total, vaut tous les romans. 1918. Sitôt les traités signés, et la paix provisoirement revenue, sitôt les flons flons retom- bés, il faut revenir sur terre. Quoique victorieuse, la France est nue. La vie qui s’an- nonce, dans la paix comme dans la guerre, aura besoin de pétrole. Pétrole pour les automobiles, dont on se doute bien qu’elles vont supplanter le cheval. Pétrole pour les chars et les avions, au cas où, la folie des hommes étant ce qu’elle est, la Grande Guerre ne serait pas tout à fait la « der des ders ». Or du pétrole, jamais, jusqu’à ce jour, la France ne s’est préoccupée. C’est ainsi que le 20 septembre 1923, le président du Conseil, Raymond Poincaré envoie une lettre à un certain monsieur Ernest Mercier, ingénieur de son état. Il lui demande, poliment mais fermement, de bien vouloir créer une… Compagnie française des pétroles. L’aventure commence. Par une bataille homérique. Les grandes puissances, au premier rang desquelles les États d’Amérique, occupent le terrain, je veux dire les parties du monde où la pré- sence de cette huile miraculeuse a déjà été repérée. Comment se faire une place quand on se réveille les derniers ? La solution viendra de la Turkish Petroleum Company. La Deutsche Bank en possé- dait 25 %. Après tout, ces gens-là ont perdu la guerre. Pourquoi ne pas transférer leurs actions à l’une des nations victorieuses, la France ? Joutes juridiques, réunions secrètes, alliances trahies aussitôt que nouées, menaces physiques, chantages diplomatiques… Tout le livre est de cette eau-là. Sans oublier les récits d’invraisemblables prouesses techniques. Bientôt, une autre guerre, elle aussi mondiale, redistribue les cartes en réaffirmant l’importance stratégique du pétrole. Pour continuer de rattraper le retard français, les gouvernements successifs créent différentes sociétés, peu à peu regroupées. Il s’agissait, au départ, de gérer l’exploita- tion des gisements de gaz découverts dans le Sud-Ouest. Ainsi naît, en 1976, Elf Aquitaine. Elf Aquitaine, Compagnie française des pétroles… Ces entités séparées pouvaient-elles affronter les mastodontes du secteur, Exxon, Shell, BP, Chevron… ?
préface