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le droit de venir dans nos locaux. On ne les voyait pas. Le temps était comme suspendu. » À la tour Elf, on est bien sûr sous le choc. « Ce fut un traumatisme, note Michel Bonnet. Pour beau- coup de collaborateurs, c’était Elf Aquitaine qui aurait dû reprendre Total et non l’inverse. Je dois dire que les premières déclarations de Thierry Desmarest nous ont plutôt rassurés. Il était de surcroît très respecté dans le Groupe. » Sur le ter- rain, l’annonce de la fusion provoque des réac- tions contrastées. « Des inquiétudes étaient bien présentes dans l’aval où il y avait un risque de surcapacités. Les choses étaient différentes dans l’exploration-production. Là, de réelles complé- mentarités existaient entre l’axe Nord-Sud d’Elf Aquitaine et l’axe Est-Ouest de Totalfina et les équipes voyaient plutôt ça comme une opportu- nité pour de nouveaux développements », ana- lyse Philippe Armand. Quant aux « chimistes » du Groupe, ils s’interrogent. « Nos cultures étaient très différentes, explique Philippe Gœbel. La chimie d’Elf Aquitaine était concentrée au sein d’une seule entreprise intégrée, Atochem ; celle de Totalfina était répartie entre de nom- breuses sociétés bénéficiant d’une grande auto- nomie. Quel serait le modèle choisi ? C’était la grande interrogation. »
Pour l’heure, les choses suivent leur cours. Le 9 février 2000, la Commission européenne auto- rise la fusion entre Totalfina et Elf Aquitaine. Six jours plus tard, le 15 février, Thierry Desmarest devient officiellement président du groupe Elf Aquitaine. Le 22 mars enfin, les assemblées générales des actionnaires entérinent la nais- sance de TotalFinaElf. En choisissant ce nom, le nouveau Groupe rappelle ce qu’il est et ce que Thierry Desmarest a toujours mis en avant : le fruit d’une fusion entre égaux, fondée sur le res- pect des identités et des équipes de chacune des parties qui le constituent. Un choix qu’a fait peu avant le groupe BNP Paribas après une bataille boursière épique entre les deux banques à l’été
1999 qui a débouché, en août 1999, sur la prise de contrôle de la seconde par la première. Avec plus de 132 000 salariés, un chiffre d’affaires de 114 milliards d’euros et 2,1 millions de barils par jour, TotalFinaElf est le quatrième producteur mondial d’hydrocarbures derrière ExxonMobil, Royal Dutch Shell et BP Amoco. Elle est égale- ment, avec 17 500 stations-service dans le monde et une capacité de raffinage de 2,6 millions de barils par jour, le numéro un européen et le co-leader en Afrique dans l’aval. Elle est enfin le numéro 5 mondial de la chimie. Un géant indus- triel en somme, capable de tenir tête aux majors anglo-saxonnes. Mais un géant vite mis à l’épreuve : en décembre 1999, alors que le Groupe est mobilisé sur la fusion et qu’il vient de publier un organigramme parfaitement paritaire dans lequel les cinquante premiers dirigeants sont issus pour moitié de Totalfina et d’Elf Aquitaine, un terrible drame se produit en effet au large des côtes françaises.
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