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Royal Dutch Shell – de plus en plus connue sous sa marque commerciale Shell –, la Standard Oil Company of New Jersey, la Gulf Oil, la Texaco, la Socony et la Standard Oil of California : tels sont les principaux acteurs du secteur, tous anglo- saxons. Depuis les années 1920, ces compagnies américaines se sont lancées dans des mouve- ments de concentration qui se poursuivront dans la décennie suivante. En 1925, la Standard Oil Company a ainsi absorbé la Pan American Petroleum and Transport Company avant de mettre la main sur la Sinclair Oil Corporation. En 1931, Socony prend le contrôle de la Vacuum Oil Company, donnant naissance à Socony-Vacuum, tandis que Texaco achète l’Indian Oil Corporation. Un peu plus tard dans les années 1930, la Standard Oil Company fera à nouveau parler d’elle en reprenant la Standard Oil of Nebraska.
Un terrible combat pour les nouvelles zones de production
Toujours plus importantes, les compagnies sont présentes sur de nombreux champs pétrolifères et se livrent, selon une expression écrite noir sur blanc dans le rapport annuel de la Shell en 1920, à un terrible « combat pour la nouvelle production ». La géographie du pétrole s’est en effet enrichie de nouvelles zones depuis la fin de la guerre. Au Venezuela notamment. En 1922, dans ce pays que dirige d’une main de fer le général Vicente Gómez, les équipes de la Royal Dutch Shell ont mis au jour, près du lac Maracaibo, un gigantesque gisement : la Rosa. Entre 1921 et 1929, la production annuelle de brut du Venezuela passera de 196 000 à 19 mil- lions de tonnes, propulsant le pays au deuxième rang des producteurs mondiaux derrière les États- Unis. Dans la foulée de la Shell, les compagnies se sont littéralement ruées sur ce nouvel eldorado. Présentes partout où il faut être, les « Sept Sœurs »
dominent le marché. Ce sont elles qui, en août 1928, lors d’une rencontre secrète qui se tient au château d’Achnacarry, en Écosse, s’entendent pour réguler le marché, que les nouvelles décou- vertes menacent de surproduction.
On n’ignore pas à Paris que le pétrole repré- sente un enjeu considérable et que ce qui se passe en Irak, au Texas ou au Venezuela a des inci- dences sur le consommateur français. Depuis le milieu des années 1920, les pétroliers étrangers se livrent d’ailleurs, sur fond de très forte croissance de la demande, une guerre des prix sans merci dont l’enjeu est la conquête du marché hexagonal. Alors on s’organise !
Après avoir porté la Compagnie française des pétroles sur les fonts baptismaux, les pouvoirs publics s’emploient à mettre un peu d’ordre dans le marché pétrolier. Dès janvier 1925, une première loi donne ainsi à l’État le pouvoir de contrôler les importations, le raffinage et la distribution des pro- duits pétroliers sur le territoire. Un Office national des combustibles liquides (ONCL) est également créé afin de centraliser les informations relatives au pétrole, de financer des recherches et de sub- ventionner l’enseignement technique. Sitôt fondé, l’Office soutient l’École nationale supérieure du pétrole et des combustibles liquides fondée à Strasbourg en 1924 et qui sera, plus tard, rattachée à l’Institut français des pétroles. Pour être très orientée vers la géologie et la recherche de pétrole, elle n’en constitue pas moins une première en France. En 1928 enfin, une nouvelle loi sur le raffi- nage du brut et la distribution des produits raffinés renforce le contrôle de l’État sur les importations et favorise le développement du raffinage français. Dans la foulée de la création de la CFP, un marché et une filière française du pétrole commencent ainsi à se structurer. La compagnie dirigée par Ernest Mercier va prendre une part essentielle à ce processus en développant une organisation indus- trielle complète, notamment vers l’aval. Une orien- tation qu’elle n’est pas la seule à prendre.
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