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LES NOUVELLES FRONTIÈRES DE L’AVAL
Un « extraordinaire développement de la demande mondiale… ». C’est un tableau enthousiaste du marché que dresse la Direction Moyen-Orient de la Compagnie fran- çaise des pétroles (CFP) en ce mois de février 1956. À ce moment, cela fait une dizaine d’années que la consommation mondiale d’or noir connaît une hausse ininterrompue. Entre 1945 et 1955, elle est passée de 356 à 763 millions de tonnes, ouvrant aux compagnies de très importantes perspectives de développement.
La civilisation du pétrole Février 1946, Long Island, à quelques kilo-
mètres de Manhattan. Des centaines de per- sonnes se bousculent pour visiter la maison témoin bâtie par le promoteur William J. Levitt. Il faut dire que la demeure est très inhabituelle :
elle a été construite en quelques heures, grâce à la mobilisation d’une centaine d’ouvriers qui se sont réparti les vingt-sept opérations chrono- métrées nécessaires à son édification. Un an après la fin de la guerre, la première maison fabriquée en série vient de voir le jour. Et avec elle la première « Levittown », ces immenses villes nouvelles constituées de maisons indivi- duelles à l’aménagement et à la décoration rigoureusement identiques situées en périphé- rie des grandes villes. Celle de Long Island en comprend 17 000. Les banlieues ne sont certes pas une nouveauté à ce moment aux États-Unis : il en existe depuis la fin du xixe siècle. Mais jamais encore on n’en avait vu de si vastes ! Observateur, William J. Levitt est l’un des tout premiers à avoir compris combien l’automobile, en accélérant l’exode des citadins, était en train de bouleverser le mode de vie de ses contempo- rains. De fait, entre 1950 et 1960, 90 millions d’Américains quittent les cœurs de ville pour