358
1998 2000
sont distribués à tous les collaborateurs ; de l’autre côté du parvis de La Défense, chez Total, Michel Delaborde convainc Thierry Desmarest de recevoir chez lui, dans sa maison du Luberon, les journalistes de Paris Match. Des deux côtés, on achète des pages entières de publicité pour souligner les mérites de son offre et dénigrer celle de son concurrent. D’interviews en inter- views, on en vient à critiquer les performances de son adversaire, ses savoir-faire techniques et, bientôt, le travail de ses équipes. L’atmosphère, peu à peu, se tend.
Dans le courant de l’été, tout indique que la contre-offre d’Elf Aquitaine ne séduit pas les marchés. « Au début du mois de juillet, nous avions déclaré qu’une fusion avec Total n’avait aucun sens, avant, finalement, de proposer un projet similaire. Les milieux financiers ne com- prenaient pas. Dans ce genre d’affaires, le pre- mier parti a l’avantage », souligne Michel Bonnet, à l’époque DRH d’Elf Aquitaine. Au fil des semaines, il est évident que les actionnaires et les investisseurs, mais aussi la plupart des chefs d’État africains où les deux groupes sont implantés, penchent clairement pour l’OPE de Totalfina. Dans les deux compagnies, on com- mence à s’inquiéter des conséquences que pourrait avoir cette guerre fratricide sur le moral des troupes. « D’une manière ou d’une autre, l’une des deux l’emporterait. Plus on attendait, plus il serait difficile de faire travail- ler les gens ensemble », résume Jean-Jacques Guilbaud.
Thierry Desmarest et son conseil d’administra- tion partagent cette analyse. Tout comme un nombre croissant de cadres dirigeants et d’admi- nistrateurs d’Elf Aquitaine. Philippe Jaffré lui- même sent que le moment est venu de s’asseoir à la table des négociations. Le P-DG de Totalfina a d’ailleurs fait un pas en avant en se déclarant prêt à relever son offre. Les choses, désormais, se passent en coulisses. Afin de faciliter les
discussions, les deux dirigeants s’entendent sur le nom d’un « médiateur », Édouard de Royère, ancien président d’Air liquide et figure éminem- ment respectée. Dans les premiers jours du mois de septembre, il s’emploie à rapprocher les deux parties. Il lui faut de nombreuses réunions pour y parvenir.
Le dimanche 12 septembre 1999, un accord est enfin trouvé : aux actionnaires d’Elf Aquitaine, Thierry Desmarest propose d’échanger 13 actions Elf contre 19 actions Totalfina, soit une prime de 26 %. Le soir même, le conseil d’administration de Totalfina valide les termes de cette offre. Celui d’Elf Aquitaine fait de même le lendemain matin. Quelques heures plus tard, Thierry Desmarest et Philippe Jaffré se retrouvent à l’Institut du monde arabe pour une conférence de presse commune. Celui qui est encore P-DG d’Elf Aquitaine pour quelques semaines – il quit- tera son poste le 29 octobre 1999, à la clôture de l’offre – y fait preuve d’une grande élégance. Thierry Desmarest, lui, a le triomphe modeste. « Ni vainqueur ni vaincu » : tel est le message qu’il commence à marteler. Il n’en variera plus.
Le quatrième pétrolier mondial La bataille est finie. Et Totalfina l’a emporté.
« Nous étions partis les premiers et avions fait montre d’une grande discipline dans la conduite des opérations, souligne Thierry Desmarest. Le Groupe, en outre, bénéficiait de nombreux sou- tiens à l’extérieur. » Une longue attente com- mence, le temps pour la Commission européenne d’autoriser la fusion. Afin de gérer la transition, un P-DG provisoire est nommé à la tête d’Elf Aquitaine, Pierre Vaillaud, ancien président de Technip et ancien directeur général de Total. « Ce fut une période étrange, se souvient Bruno Weymuller. Les équipes de Total n’avaient pas •••