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PARIS, 1924
Tout commence par une lettre, celle que le président du Conseil Raymond Poincaré adresse le 20 septembre 1923 à l’industriel Ernest Mercier. À ce dernier, l’homme d’État confie une mission importante : créer un « outil capable de réaliser une politique nationale de pétrole ». Six mois plus tard, la Compagnie fran- çaise des pétroles voit le jour. Elle est l’aboutisse- ment d’intenses tractations diplomatiques commencées à la fin de la Première Guerre mondiale.
La France entre dans le jeu C’est le 2 novembre 1918 qu’ont véritablement
débuté les « grandes manœuvres ». Ce jour-là, Henry Bérenger, le président du Comité général des pétroles, rédige une note à l’attention du pré- sident du Conseil Georges Clemenceau. Depuis
1917, il a déployé des prodiges d’énergie pour assurer l’approvisionnement des armées fran- çaises en essence. À ce poste, il a eu tout le temps de prendre la mesure du caractère stratégique du pétrole et de la nécessité pour la France de s’assurer un accès direct à la ressource. Tel est bien l’objet de la note qu’il adresse au « Tigre » : afin d’assurer son indépendance, la France, écrit-il, doit obtenir de la Grande-Bretagne « une participation à égalité dans l’exploitation de toutes les sources disponibles de pétrole ».
Une zone retient plus particulièrement l’at- tention d’Henry Bérenger : la Mésopotamie. Le sénateur de Martinique sait que, depuis 1912, la Turkish Petroleum Company y cherche du pétrole et que les Anglais ont placé sous séquestre les 25 % que la Deutsche Bank détenait dans la compagnie. Pourquoi, dès lors, ne pas réclamer ces titres pour la France ? Telle est l’idée que mûrit Henry Bérenger. S’ouvre alors le temps des tractations. Elles sont longues